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Fermez Netflix et redécouvrez les richesses du cinéma

Le monde est composé de 197 pays différents selon l’ONU, pourtant, seulement 1% des films vu aux États-Unis sont des films étrangers. En France, ce nombre s’élève à 60% mais, comme on peut s’en douter, la plupart de ces films étrangers sont américains.

Quelles sont les raisons qui expliquent une si faible diversité des œuvres cinématographiques ? Comment varier les œuvres que nous regardons ?

Bref rappel de l’histoire

Après la seconde guerre mondiale, les États-Unis et l’URSS deviennent des superpuissances qui entreprennent des politiques de dominations militaires, économique, politique et culturelle pour sécuriser et développer leur sphère d’influence. Deux sphères s’affrontent: la sphère capitaliste américaine opposée à la sphère communiste menée par l’URSS.

Au sortir de la guerre, en 1945, les pays de l’Europe de l’ouest passent sous tutelle américaine à travers l’AMGOT (Allied Military Government of Occupied Territories, en français gouvernement militaire allié des territoires occupés) le temps que des élections permettent le retour d’un gouvernement légitime. Ce gouvernement civil provisoire devait s’occuper de toutes les politiques civiles comme la justice ou la monnaie.

En France, cette administration fut rejetée par la résistance et au premier chef, Charles De Gaulle qui y voyait une menace à l’indépendance du pays. Hormis le Franc-américain qui commençait à être distribué de façon unilatérale par les troupes américaines, l’AMGOT n’eut pas le temps de s’implanter en France.

Peu après, le plan Marshall fut déployé en Europe afin d’aider les pays européens à se reconstruire mais aussi à garder dans le giron capitaliste le maximum de pays alors que les partis communistes restaient influents dans de nombreux pays.

Le Plan Marshall comportait des prêts, mais aussi l’ouverture des marchés aux produits américains.

Le cinéma était donc aussi concerné, en France, les accords Blum-Byrne sont signés en 1946 et permettent l’effacement d’une grande partie de la dette de la France envers les États-Unis (près de 2 milliards de dollars) en échange de la suppression des quotas de films étrangers.

Cette politique permet aux États-Unis de commencer à diffuser l’American Way of Life en France.

Les décennies suivantes marqueront une déferlante de la diffusion de l’American Way of Life et du modèle américain. Comme l‘écrit Infoguerre, le cinéma est mobilisé dès 1942 par le Pentagone pour influencer les américains, ainsi que les européens au sortir de la guerre : « Depuis cette période, la recette du film américain pour conquérir le public est le cocktail action, adventure, humour, relations amoureuses et effets spéciaux. De plus, les films sont tournés de telle manière qu’ils indiquent au spectateur comment interpréter les images.

La manipulation, s’appuyant sur l’identification au personnage, l’omniprésence de la narration, l’influence du héros et le comportement des personnages secondaires (Reaction Shot), permet de contrôler la perception des spectateurs. C’est l’une des raisons principales de la puissante influence culturelle du cinéma américain ».

Protectionnisme culturel

Devant le déferlement d’œuvres américaines, plusieurs pays européens décidèrent de mettre en place des politiques d’exceptions culturelles, en obligeant les cinémas et les radios de garder un certains pourcentage du temps de diffusion pour des œuvres locales.

Cette politique est à double tranchant : d’un côté elle permet de s’assurer que les cinéma français, allemands, italien etc. ne disparaissent pas totalement, de l’autre côté, elle implique que des organismes décident quelles œuvres doivent être diffusées, soutenus, quelles œuvres doivent bénéficier des aides publics, sans vraiment demander l’avis des citoyens- contribuables.

Cependant, malgré cette protection, la diversité culturelle reste faible hormis au sein des cercles cinéphiles habitués à s’extirper des grands médias et du cinéma de masse.

La radio, la télévision, le cinéma, le Netflix

Aujourd’hui, l’accès à la culture se fait massivement par internet et par des services numériques comme Netflix. Le terme « Netflix & chill », en français « Se détendre devant Netflix », est devenu populaire chez les jeunes générations. Se détendre devant Netflix est devenu un réflexe, on se connecte, on regarde ce que Netflix propose et on consomme le contenu.

On retrouve cette idée de la facilité et du confort présente dans tous les nouveaux services numériques tel que Uber et Deliveroo. Ce confort pour l’utilisateur ne signifie pas confort ou bénéfice pour la société comme le montre le salariat déguisé et le traitement des personnes travaillant pour ces nouveaux services.

Sur Netflix, point de scandale sur les conditions de travail mais plutôt des interrogations sur l’offre et son fonctionnement, ceci malgré une mise en scène des contenus et la garantie de la qualité de certaines créations originales.

Dès l’inscription, le service demande à l’utilisateur de choisir 3 œuvres qu’il a apprécié. Cette action permet un début de personnalisation par le service. En effet, il vaut mieux ne pas prendre le risque de proposer des contenus qui ne satisferaient pas tout de suite l’utilisateur. Le premier mois étant gratuit, Netflix se doit d’accrocher l’utilisateur sous peine de le voir faire l’effort de résilier son abonnement sans avoir déboursé le moindre centime. Le problème du fonctionnement par personnalisation est de filtrer en amont les contenus proposés à l’utilisateur plutôt que de lui proposer des systèmes de filtres et de recherches.

Au jour de la rédaction de cet article, Netflix mettait en avant (sans que l’on sache si cela était en fonction des réponses aux questions lors de notre inscription) des films comme « Malgré tout » ou « The Perfect Date ». Ce dernier était même accolé d’un message précisant que 98% des spectateurs recommandaient le film.

Une rapide vérification sur des sites de critiques indépendant comme IMDB ou SensCritiques, indiquent pour The Perfect Date un score de 5.9/10 pour le premier et un piètre 4.5/10 pour le second mais encore faut il avoir le réflexe et prendre le temps de quitter Netflix pour aller vérifier.

Uniformisation

Comme l’explique le réalisateur Pierre Jolivet au micro d’Europe 1, Netflix est une menace pour la diversité des œuvres cinématographiques.

En effet, le modèle de création de Netflix est différent du modèle traditionnel. En France, le réalisateur et le producteur d’un film doivent se mettre d’accord pour le finaliser. Dans le modèle Netflix, le producteur à le dernier mot en cas de désaccord. La plateforme américaine qui produit nombre de contenus originaux pour son service aura donc le dernier mot face à l’artiste.

Ce problème s’aggrave en le mettant en perspective de la nécessite pour Netflix de satisfaire un marché mondial. Ainsi, l’article d’Europe 1 explique : « Maintenant, parce que ça va être diffusé dans le monde entier, il ne faudra pas qu’il y ait de nu parce que les Chinois n’aiment pas quand il y a du nu, il ne faudra pas être contre la religion catholique parce que ça va sortir au Brésil, etc…[…] À partir du moment où vous mettez votre doigt dans cet engrenage, ça se termine quand ? », interroge-t-il ».

Les alternatives

Comme pour des sujets important tel que l’écologie, il faut passer d’un état passif à actif. Il faut tout d’abord prendre conscience des problèmes liés à ce modèle de fonctionnement et agir en conséquence. L’avantage des modèles de services comme Netflix est l’absence d’engagement, vous pouvez donc changer ou annuler votre abonnement tous les mois.

Ainsi, après un mois sur Netflix, vous pouvez mettre votre abonnement en pause et vous abonnez à d’autres solutions. Nous avons pris 3 exemples OCS, Canal+Series et Outbuster avec des exemples de programmes disponibles. Les trois services proposent un mois d’essai gratuit.

**OCS**

Connu en France pour être le diffuseur des programmes de la chaîne américaine HBO (Game of Thrones, Westworld etc.), OCS diffuse aussi quelques créations et co-production originale ainsi que des films étrangers de qualités.

Le Fils de Saul – Hongrie – 1h44

Octobre 1944, Auschwitz-Birkenau.Saul Ausländer est membre du Sonderkommando, ce groupe de prisonniers juifs isolé du reste du camp et forcé d’assister les nazis dans leur plan d’extermination. Il travaille dans l’un des crématoriums quand il découvre le cadavre d’un garçon dans les traits duquel il reconnaît son fils. Alors que le Sonderkommando prépare une révolte, il décide d’accomplir l’impossible : sauver le corps de l’enfant des flammes et lui offrir une véritable sépulture.

Le nom de la rose – Italie/France/Allemagne – 8×52 mins

Italie, 1327. Le moine Franciscain Guillaume de Baskerville et son jeune novice Adso de Melk arrivent dans une abbaye isolée des Alpes. Ils vont être témoins d’une série de meurtres mystérieux. Tandis que les deux hommes enquêtent et se jettent à la poursuite du meurtrier, ils sont eux-mêmes pris en chasse par l’impitoyable inquisiteur Bernardo Gui.

Canal+ Serie

Tous les français connaissent Canal+, en revanche tout le monde ne sait pas qu’ils ont depuis quelques temps une offre uniquement dédiée aux séries.

La chaîne diffuse de nombreuses créations originales ainsi que des séries étrangères.

Guyane – France – 2 saisons. 50 minutes par épisode.

Associé à un colon aventurier, un étudiant se lance dans une opération d’orpaillage clandestin. Mais au sein de la jungle, les dangers sont multiples.

Un sujet méconnu sur la Guyane française.

Le bureau des légendes – France – 4 saisons. 50 minutes par épisode.

Au sein de la DGSE, le BDL, Bureau des légendes, dirige à distance les clandestins, qui sont les agents les plus importants des services du renseignement français.

Calls – France – 2 saisons. 10-20 minutes par épisode.

Des enregistrements sonores, issus de la boîte noire d’un avion, de cassettes d’un magnétophone, de messages laissés sur un répondeur ou d’appels à Police secours, permettent de témoigner de tragiques événements survenus à différentes époques, mais tous connectés d’une manière ou d’une autre à une Apocalypse imminente.

**Outbuster**

Un service peu connu et pourtant non moins intéressant passé l’austérité de l’interface, il propose de ne diffuser que des films atypiques du monde entier et non diffusé dans les cinémas français (ou seulement dans quelques salles de spécialistes).

LFO – Suède – 1h30

Robert Nord, passionné de technologie, découvre par hasard qu’il peut hypnotiser les gens avec le son. Un nouveau pouvoir dont il sera vite tenté d’abuser.

Kimi wa iiko (Being good) – Japon – 2h

Ce film suit la destinée de 3 personnalités confrontées à des situations qu’ils pensent devoir surmonter seuls…Suivant ainsi à la lettre le proverbe japonais qui affirme: « Si tu tombes 7 fois, relève-toi 8 fois » (tout comme nous, ils ne l’ont sans doute pas très bien compris). Il y a Akano, jeune enseignant nouvellement nommé dans une école élémentaire et qui se demande s’il n’a pas choisi le métier le plus difficile au monde. Il y a également Akiko, vieille dame esseulée débordant de gentillesse mais qui ressent les premiers troubles de la maladie d’Alzheimer. Et il y a enfin une jeune mère de famille qui a du mal à maîtriser ses accès de rage…

Si vous aussi, vous avez des recommandations de films méconnus ou des services d’abonnement/location de film à nous proposer, envoyer-les nous sur croacroa[at]lecorbeau.org nous les publierons dans un prochain article.

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